À mon ami
Mon cher Enguerrand,
La jolie babillarde que tu m’as fait parvenir m’a beaucoup touché. Le joli papier que tu as utilisé était d’un goût des plus raffinés et ton calligraphie est forte agréable à déchiffrer.
Ta promesse de l’utilisation du PQ la prochaine fois en guise de papier à lettre est d’autant plus palpitante que cette matière a toujours déclenché chez moi des spasmes de plaisir assez étonnants.
Je suis donc au Canada comme tu l’as bien compris et je compte rentrer dans quelques mois avec, comme tu le souhaites, une maîtrise de l’accent local et une capacité à utiliser la moindre expression de nos cousins nord-américains. Un jour je serai le meilleur traducteur, je me battrai sans répit, je ferai tout pour être le vainqueur et gagner les défis, je parcourrai la terre entière, traquant avec espoir les expressions et leurs mystères, leurs secrets et leurs origiiiines ! QUEBECOIS ! Attrapez les tous !… Hm, au temps pour moi, je me suis emporté.
Entre deux orgies de sirop d’érable j’ai pu me réserver quelques minutes pour me balader à dos d’orignal dans les forêts enneigées qui aménagent très esthétiquement les rues de Montréal.
Oui, car il est dur, là-bas, de trouver les rues bétonnées et polluées que nous chérissons tant de notre côté de la Seine, ces véhicules motorisés à quatre roues, ces parisiens pressés et autres fils barbelés.
Mon paysage me manque.
N’aies crainte, je travaille mes croquis dans la neige, même si je dois t’avouer que les changements brutaux de température ne m’aident pas dans cette tâche, la neige fond, une nouvelle neige apparaît, j’ai du mal à adapter mon emploi du temps pour m’adonner à ce passe-temps que nous partageons et que nous chérissons. Je finirai ici aussi par maitriser cet art et te rendrai fier de la pureté de mon trait.
À l’époque ou tu posais ces quelques mots sur ce charmant papier, les oiseaux ne chantaient pas, le ciel n’était pas bleu et tes miches étaient gelées. Qu’en est-il à présent ? J’espère que tu les as réchauffées et que les oiseaux se sont mis à psalmodier pour l’occasion, sous un ciel #0000FF et un soleil qui réchauffe le palpitant. Le fait que la pollution soit toujours au rendez-vous m’a rassuré, certaines choses ne changent pas, c’est ce qui fait la beauté de ces petits villages dans lesquels nous aimons vivres, ces petits villages que l’on a peine à quitter.
Mon très cher Enguerrand, ta lettre m’a enivré, ta lettre m’a redonné espoir de trouver les amis qui me manquent à mon retour. Je vais essayer de kiffer ma life, si tu essaies de kiffer la tienne à foison. À donf comme disent les jeunes ces temps-ci.
N’hésite pas à m’envoyer de tes nouvelles, j’ai hâte de dévorer ta prochaine épistole.
Pardonne-moi le temps que j’ai pris à répondre à cette missive, j’ai du attendre l’inspiration, dont la ponctualité n’a d’égal que la longueur de cette bafouille.
À très bientôt mon ami.
Isabelle OPH
PS. Imagine que cette jolie image est le papier à lettre que j’ai choisi. J’espère qu’il te ravira autant que le tien m’a plu.
